Retour imminent pour One Piece ! Toutes nos planches originales seront de retour en stock d'ici 10 jours

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Analyse d'un Genga :

les secrets d'une planche de Manga

Bienvenue dans les coulisses de la création. Posséder une reproduction (Fukusei Genga) d'un manuscrit, c'est posséder un instantané du travail brut du mangaka et de ses assistants avant le passage sous presse. Pour le collectionneur averti, chaque trace, chaque ligne et chaque annotation dans les marges raconte une histoire

Définition d'un Fukusei Genga

Un Fukusei Genga est la reproduction d'une planche originale ou de production d'un manga. Elle comporte tous les détails de fabrication : les annotations et corrections de l'auteur, les notes de production et les numéros de pages. Sur les exemplaires les plus détaillés, on distingue les coups de pinceau ou de crayon. Certaines reproduisent même l'encre du feutre qui transperce le papier au verso.

Le papier et les bords de pages

Pour le collectionneur, c'est l'ADN brut de la création d'un chapitre. En zoomant sur ces trois zones spécifiques de nos reproductions haute fidélité, on plonge directement sur la table de travail du mangaka et des techniciens de l'imprimerie.

Le Cartouche Éditeur : La Carte d'Identité de la Planche

Qu'il soit imprimé verticalement ou horizontalement, ce tableau bleu est la boussole de l'équipe de production. On y inscrit à la main le numéro du magazine et le numéro de la page (P. 36 ou la double page P. 74/75). Cela permet à l'imprimeur de ne jamais mélanger les planches lors de la mise en plaques de presse.

La section コミックス 画稿修正 (Retouches pour le volume relié) se termine par deux choix : 有 (Oui) ou 無 (Non). Entourer l'un ou l'autre indique si l'auteur doit redessiner des cases pour la sortie du tome en librairie ou si la version du magazine est déjà parfaite.

Les mentions précises en pourcentage,

Le passage du format B4 à l'impression de poche

Les mangakas dessinent à une échelle bien plus grande (format professionnel B4) pour pouvoir affiner les détails de leurs planches. Lors du passage sous presse, la planche doit être réduite pour s'adapter au format du magazine ou du manga de poche (Tankōbon). Les techniciens de la photogravure calculaient ce ratio d'exposition au centième de pourcent près pour s'assurer que la finesse des traits à la plume (comme la plume G) ne soit pas écrasée ou floutée lors de la réduction

Le papier pour manuscrit

Si vous regardez attentivement les bords de la feuille, vous distinguerez des graduations millimétrées bleues ainsi qu'un slogan en anglais :

"...IVE WORK YOU NEED THE BEST MATERIALS & EQUIPMENT." sur certaines planches manga.

Il s'agit de la signature de DELETER, le fabricant japonais mythique de papier manuscrit utilisé par la majorité des studios professionnels au Japon.

Les repères gradués, les lignes de coupe et cadre

Les lignes de coupe (repère de massicotage) et le cadre préimprimé sont les garde-fous qui permettent au mangaka de ne pas voir son œuvre coupée lors de la reliure finale dans le magazine ou livre. et à ses assistants de tracer des lignes de fuite parfaites, de centrer les cases, de caler les trames adhésives et de gérer les lignes d'action (les fameux effets de vitesse) avec une précision chirurgicale. Imprimées en bleu inactinique, ces règles disparaissent totalement lors de la numérisation finale pour ne laisser place qu'à l'encre noire de l'œuvre.

Le bleu inactinique (le crayonnage bleu)

Le bleu inactinique n'était pas détecté par les scanners de l'époque lors de l'impression et non reproductible à la photocopieuse. Sa présence prouve qu'il s'agit d'un document de travail (Genga ou manuscrit) utilisé par les mangakas pour placer les ombres ou les corrections. Certains mangakas faisaient aussi leurs crayonnés en bleu avant l'encrage, ce qui permettait ensuite de la scanner ou photocopier en ne gardant que les encrages souhaités pour sortir une planche prête pour la colorisation. Ils évitent ainsi des heures de gommages. Le fait de les voir donne une authenticité unique à la reproduction.

Les traces marron - plus sympa qu'il n'y paraît

Sur les véritables manuscrits originaux, les mangakas utilisaient souvent du ruban adhésif pour fixer des corrections (morceaux de papier collés par-dessus un dessin pour refaire un visage ou un membre), coller des trames ou maintenir des indications. Avec le temps, la colle jaunit. L'éditeur scanne volontairement l'original avec ses marques de vieillesse pour que la reproduction se rapproche le plus possible de l'œuvre source. C'est ce qu'on appelle la reprographie haute fidélité

L'art de la gouache blanche

Dans l'univers du manga traditionnel, la gouache blanche (ou le correcteur liquide appliqué au pinceau) ne sert pas uniquement à effacer les erreurs. C'est un outil de création à part entière, utilisé par le maître et ses assistants pour sculpter la lumière et dynamiser l'action.

Appliquée avec une pointe, elle peut donner de la lumière à un regard, elle peut être utilisée dans les scènes de combat (explosion, impact, effet de vitesse).

Elles peuvent servir également pour effacer une erreur, nettoyer un débordement d'encre ou modifier un détail. L'impression haute définition capture l'aspect "mat" et les contours irréguliers de ces corrections.

L'Art des Trames (Screentones) : Les Secrets de l'Ombre et de la Texture

Le manga est traditionnellement publié en noir et blanc pur. Pour créer des ombres, des textures ou des ciels étoilés, l'auteur n'utilise pas de peinture grise, mais des trames qui sont des feuilles de plastique adhésives pré-imprimées de minuscules points noirs. C’est l’outil ultime pour créer du relief, des textures (vêtements, décors) ou des ambiances dramatiques.

L'application de trame demande une patience de maître shaolin, car il faut déposer la feuille puis découper les contours au scalpel des contours exacts de la zone à griser, puis, comme dirait Valérie Damidot, il faut maroufler pour fixer la trame sur le papier.

Ensuite, pour créer certains effets de lumière, de fumée, les mangakas utilisent une lame de rasoir ou un cutter qui vient griffer et scalper la surface pour enlever les points noirs et faire réapparaître le blanc du papier.

L'illusion d'optique : Plus les points sont serrés, plus le gris paraît foncé à l'œil humain.

Le toucher : Sur une planche originale (Genga), on peut sentir une légère surépaisseur au toucher, car la trame est collée sur le papier.

Certains auteurs superposent deux ou trois trames différentes pour créer des motifs complexes ou des ombres portées très denses.

Effet de Moiré : Si les trames sont mal alignées, cela crée un motif géométrique indésirable. Un maître mangaka se reconnaît à sa capacité à aligner ces points au millimètre près.

À l'époque des séries cultes des années 90 et 2000, les trames importées coûtaient une fortune aux studios de manga. Voir une planche riche en trames complexes, en superpositions et en grattages méticuleux est la preuve d'un budget de production conséquent et d'un amour absolu du détail de la part de l'auteur